WELCOME TO NAY PYI TAW / BIRMANIE

WELCOME TO NAY PYI TAW / BIRMANIE

Située à 320 km au nord de Yangon, Nay Pyi Taw, la nouvelle capitale Birmane, a été construite de toutes pièces et dans le plus grand secret par la junte militaire entre 2004 et 2006. Elle a été bâtie loin des mers et des grandes villes, au milieu de la savane et sur des villages de fortunes. Un emplacement stratégique choisi par le Général Thein Sein sur les recommandations d’un astrologue, pour se protéger d’éventuels envahisseurs. Cette ville d’à peine plus d’un million d’habitants, qui compte plus de 200 000 militaires selon le gouvernement birman s’étend sur 7054 km². 67 fois Paris.

Nay Pyi Taw 2A première vue, elle est moderne, gigantesque, vide et presque familière.

Ses grands hôtels aux couloirs infinis nous rappellent ceux de Las Vegas, ses routes, des pistes d’atterrissage, son côté paisible, ses golfs et sa végétation le Palm Spring des séries télévisées. Tout paraît être fait pour la détente et les affaires, à l’inverse d’un Yangon pollué, bruyant et saturé.

Ici, l’air est bon, tout semble fluide et immobile. Rien ne dépasse. Un bataillon de jardiniers et une main d’oeuvre sous-payée l’entretiennent nuit et jours.

Au second regard, on découvre des kilomètres de végétation en friche. Et sur le bord de la route, des constructions abandonnées, figées dans le paysage. Quand on explore certains hôtels, on découvre qu’ils sont inachevés, en grande partie vide, et on s’y entend dire souvent « Sorry, it’s broken ».

Plus tard encore, la ville ne nous paraît plus si vide car ses habitants vivent et se concentrent dans certains quartiers, en périphérie du grand Naypyidaw et de ses espaces modernes et luxueux. Là où l’atmosphère ressemble d’avantage à celle des villes voisines : échoppes multicolores, vaches à clochette, chiens balafrés, poussière pénétrantes, garages bordéliques, karaoké éraillés, cantines « déclimatisées »  et temples aux feuilles d’or. 

Nay Pyi Taw 3

On comprend que la ville a été construite sur de l’existant et que l’on essaye d’y bâtir la nouvelle Birmanie : moderne, faussement libérée et plus internationale. Un nouveau visage aux traits lisses, avenants et à peine maquillé se dessine.

Les perspectives sont grandes, à l’image de la ville.  

Mais quand on tend l’oreille, on entend la Chine, premier investisseur du pays. Finalement, tout ça sent le gaz et le pétrole. Qui y a y t-il vraiment sous nos pieds ? Derrière les grandioses façades d’hôtels et les infrastructures nouvelles semble se tramer autre chose : une odeur d’argent sale chasse celle de l’encens et des épices.

Un grand détournement, le coup du siècle, l’illusion est parfaite, 7054 km² de mensonge. Tout se passe là où rien ne semble se passer.

Et au loin, toujours, un mantra envoûtant tourne en boucle, invariable : à la télévision, à la radio ou dans les hauts-parleurs de rue, semblent se perpétuer à l’infini. 

A partir de ce constat, Amandine Casadamont et Alexandre Plank proposent une création sonore composée de sons enregistrés à Nay Pyi Taw, qu’ils ont arpenté durant trois semaines. Composition entre musique concrète et documentaire qui narre ce qui est en deçà des mots et de l’analyse, qui donne à entendre et à vivre de manière sensible ce qui se joue aujourd’hui dans la capitale d’un pays en pleine mutation et au carrefour d’enjeux stratégiques et politiques majeurs. 

Nay Pyi Taw 4Cet ACR est le fruit d’une co-production avec Deutschlandfunk Kultur  
Production et réalisation Amandine Casadamont et Alexandre Plank
Mixage Bruno Mourlan 
1ere diffusion : FRANCE CULTURE - 1er février 2018